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Macrajh: Mais comment en est-on arrivé là, Six?

Six: Là où, Macrajh?

M: A ce moment où notre temps est révolu…

S: N’exagérons rien, la vie ne nous a pas encore abandonné, Seigneur.

M: Non, mais Ka s’en est allé pour le plan des Légendes et les Seigneurs seuls savent si il reviendra, tu n’es plus intendant depuis ta maladie ou quoi que ça puisse être d’autre. Et moi… je suis fatigué, Six. Alors je veux comprendre d’où l’on vient pour voir vers quoi nous allons…

S: J’ai perdu la vue, mais c’est comme si les fanions d’Ajhô flottaient toujours devant mes yeux. Personne n’a compris à l’époque d’où venait cette taverne. S’il n’y avait eu cette poignée de natifs à l’intérieur qu’elle avait emporté avec elle, nous n’en saurions toujours rien. Une taverne dotée d’une personnalité, la taverne du village d’Ajhô, qui elle même s’est mise à rêver pour apparaître dans l’ancien monde. Et ces groupes de rêveurs hétéroclites qui ont décidé de la peupler: Naeum-Farka, Gobelins, Etoile d’argent. Chacun son quartier et sa voix au conseil. Une terre d’accueil où chaque rêveur pouvait trouver sa place.

Macrajh était nostalgique en repensant à ces heures passées à débattre avec les plus butés des natifs d’Ajhô et les plus dissipés des gobelins. Cette taverne qui n’en faisait qu’à sa tête et Ka aussi d’ailleurs, qui les avait tous embarqué avec lui sous l’égide de la Cour d’Hiver sans que grand monde ne comprenne les enjeux d’une telle décision. C’était ça aussi, Ajhô. Quels que soient les enjeux, ou les situations désespérées, du décès d’un chevalier errant sans charisme aux menaces d’une puissante faction ennemie, la bonne étoile des Ajhônais leur a toujours permis de relativiser les difficultés de la vie, qui finissent toujours en histoire à se raconter au coin du feu devant un de ces fameux amaretto au pancake.

S: C’est donc sans surprise qu’au moment de passer le portail vers Caldera, d’un commun accord les Ajhônais ont emporté avec eux leur bien le plus précieux, celui qui les fédère depuis les origines: leur taverne.

Maintenant, les choses ont bien changé, quoi que… Les natifs d’Ajhô nous ont tous quitté, et la survie et la promiscuité lors des hivers a effacé les différences entre les habitants du Stronghold. Tous sont avant tout des habitants de Marble Black, le stronghold de marbre noir avec ses baies pittoresques, ses plages de sable fin, ses vastes contreforts, ses lacs limpides et ses magnifiques paysages de montagne, le tout juché sur quelques kilomètres carrés de bon, gros et solide marbre noir. Mais je m’égare.

Toujours est-il que l’attachement des habitants pour la taverne n’a pas changé. Même s’il n’est toujours pas possible de percer l’ensemble de ses mystères…

M: L’hiver se termine Six et il fut bien plus rude que les précédents, les tremblements que nous avons senti ne sont pas anodins je le sens. Les monstres se sont multipliés et les attaques de Stronghold aussi. Quelque chose se prépare et je ne suis pas certain que nous ressortirons indemne du Concilium.

S: Nous trouverons un moyen Macrajh, nous l’avons toujours fait. Au pire, on ramènera Barro pour l’enterrer à nouveau, je suis presque sûr d’avoir une piste pour mettre la main sur son âme…

M: Sans Ka pour officier ses funérailles, cela risque de cruellement manquer de panache.

Ainsi, dans la tempête aux abords de la forteresse et du donjon jusqu’au sous-sol en passant par la Volée Noire à l’autre bout du grand hall, on pouvait entendre résonner les rires de deux vieux amis ressassant un passé révolu et un avenir incertain … mais en a-t-il jamais été autrement ?